Les rebelles du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo sont entrés dans Bukavu, la deuxième ville de la région orientale.
Des informations font état de pillages généralisés visant les entreprises privées, les institutions gouvernementales et les organisations humanitaires à Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu.
Les habitants décrivent une situation instable, beaucoup se réfugiant à l’intérieur tandis que d’autres s’efforcent de fuir alors que les rebelles du M23 prennent le contrôle de cette ville d’environ un million d’habitants.
« De nombreuses personnes ont été blessées. Il est navrant de voir des officiers de l’armée congolaise allumer des incendies et piller des magasins. Des individus armés pénètrent également dans les institutions et les entrepôts pour voler », a déclaré un habitant à la BBC.
Les femmes disent qu’elles ont peur de quitter leurs maisons à cause du risque de violence sexuelle alors que l’anarchie s’empare de la ville.
La progression des rebelles, soutenus par le Rwanda selon l’Onu, intervient en dépit des appels internationaux en faveur d’un cessez-le-feu et d’une reprise des pourparlers de paix.
Des centaines de milliers de personnes ont été forcées de quitter leurs maisons ces dernières semaines en raison de l’avancée des rebelles.
Le mois dernier, le M23 s’est emparé de Goma, la principale ville de l’est du pays, riche en minerais. Le gouvernement congolais accuse le Rwanda de semer le chaos dans la région afin de profiter de ses ressources, ce que le Rwanda a démenti.
Le M23 s’est brièvement emparé de Goma lors d’un précédent conflit en 2012, mais la prise de Bukavu, qui est la capitale de la province du Sud-Kivu, représenterait une nouvelle phase dans l’histoire récente et turbulente de la région.
La ville, qui a une frontière avec le Rwanda, se trouve à la pointe sud du lac Kivu et constitue un point de transit important pour le commerce local de minerais.
Plus tôt dans la journée de vendredi, des combattants rebelles avaient pénétré dans l’aéroport, à quelque 30 km au nord de Bukavu, alors que l’armée congolaise et une milice qui lui est alliée se retiraient sans opposer de grande résistance.
Mais il y a eu de violents affrontements à la périphérie de Bukavu, a déclaré à la BBC le vice-gouverneur du Sud-Kivu, Jean Elekano.
Dans un village plus au nord, Mayba, 70 corps ont été retrouvés dans une église, selon les médias locaux.
Vianney Vitswamba, coordinateur communautaire local au Nord-Kivu, a déclaré à l’agence de presse congolaise 7Sur7 que les corps avaient été retrouvés ligotés. Les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) – un groupe lié à l’État islamique – ont été accusés, mais la BBC n’a pas confirmé l’information.

Des habitants de Bukavu contactés par la BBC ont déclaré que les autorités avaient conseillé aux résidents de rester à l’intérieur.
S’exprimant lors de la conférence de Munich sur la sécurité, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a demandé que le Rwanda soit sanctionné, l’accusant d’avoir des « ambitions expansionnistes », rapporte l’agence de presse AFP.
« Nous ne supporterons plus que nos ressources stratégiques soient pillées au profit d’intérêts étrangers sous le regard complice de ceux qui se nourrissent du chaos », aurait-il déclaré.
En plus d’être accusé de soutenir les rebelles, ce que le Rwanda a nié, le pays aurait également ses propres troupes dans l’est de la République démocratique du Congo.
Le président rwandais Paul Kagame a déclaré que la priorité de son pays était la sécurité. Il a déclaré que le Rwanda était menacé par les rebelles hutus en République démocratique du Congo et a rejeté toute menace de sanctions.
La nouvelle de cette dernière avancée intervient alors que les chefs d’État du continent doivent se réunir samedi en Éthiopie à l’occasion d’un sommet de l’Union africaine (UA).
Le chef de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, cité par l’AFP, a déclaré qu’un cessez-le-feu « doit être respecté », ajoutant que « les campagnes militaires ne vont pas résoudre ces problèmes. Il y a une mobilisation générale de l’Afrique aujourd’hui sur cette question et j’espère que nous pourrons imposer ce cessez-le-feu ».
Reportage complémentaire d’Alfred Lasteck.